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Détenant 50,6% des parts du Groupe ADP – Aéroports de Paris, l'état en est l'actionnaire majoritaire. Or, le gouvernement actuel souhaite vendre ces parts, ce qui ferait du Groupe ADP une entreprise privée.
 
 
L'essentiel de la controverse que suscite cette opération porte sur l'aspect financier : est-ce une bonne affaire pour la France ?
 
Le gouvernement avance que les 8 à 9 milliards tirés de la vente serviront à financer des projets d'avenir alors que les opposants avancent que l'on vend les "bijoux de famille", expliquant qu'ADP rapporte plus de 130 millions de dividendes par an à l'état.
  
 
Honnêtement, je ne sais pas quelle est le meilleure chose pour la France : peut-être que la vente des parts de l'état est une opération financière qui lui sera bénéfique à long terme. Peut-être, peut-être pas.
 
Ce qui me pose problème relève d'un aspect plus global : celui du paradigme dans lequel s'inscrit cette opération. Elle signifierait tout bonnement que la gestion d'aéroports, parmi lesquels les plus importants de France, serait alors soumise à une logique de performance financière et de profit.
  
 
Or, sans que l'on s'en rende très bien compte, de plus en plus de pans de notre vie tendent à être gérés par des entreprises privées. Et si ces certains pans de nos vies sont gérés par des institutions publiques, ces dernières épousent de plus en plus les modes de fonctionnement du privé. Dans les deux cas, nous sommes de plus en plus tributaires d'intérêts privés.
 
Par exemple, le réseau autoroutier a été privatisé entre 1999 et 2007. Le gouvernement de l'époque avait promis une réduction des coûts, faisant valoir le jeu de la concurrence. Depuis, le prix des péages a augmenté de près de 20%… Il y a un mois, le gouvernement a lancé une réflexion sur la privatisation progressive des routes nationales, en cédant une portion du réseau routier aux groupes autoroutiers. Peut-être devrons-nous, un jour, payer un péage pour rendre visite à nos parents ?
  
 
Le malaise dans le monde de la santé relève aussi de ces changements. Bien qu'il reste majoritairement public, l'augmentation de "process" et la course aux chiffres (des modes de fonctionnement typiques d'une grande entreprise privée) reviennent systématiquement parmi les griefs des médecins ou des soignants.
  
 
Même la gestion des forêts obéit à ce mécanisme. Oui, dans une économie néo-libérale, il faut aussi optimiser, monétiser, rationaliser la forêt. Les gardes forestiers encaissent ces changements de plein fouet : depuis 2002, pas moins de cinquante agents se sont suicidés.
 
Point culminant de cette évolution : il y a environ un mois, on apprenait que le gouvernement réfléchissait au démantèlement de l'ONF, l'Office National des Forêts, pour confier une partie de la gestion des forêts à des entreprises privées. Peut-être devra-t-on, un jour, payer un droit d'entrée pour se promener en forêt ?
  
 
Bien sûr que les aéroports, notre système de santé ou la gestion des forêts doivent évoluer et s'adapter au monde d'aujourd'hui. En revanche, adaptation n'est pas forcément privatisation. On peut moderniser sans céder à la logique de marché.
 
L'histoire nous montre que les intérêts de grands groupes privés sont souvent opposés aux nôtres, nous citoyens-usagers de la société civile. Si un acteur privé qui opère sur un "domaine public" (gestion du réseau routier, gestion des forêts, gestion des aéroports, etc.) cherche à maximiser sa part du gâteau, c'est la collectivité qui finira forcément par payer.
 
 
Si vous aussi, vous souhaitez apporter votre soutien à la tenue du référendum sur la privatisation d'ADP, cliquez ici. La page a été critiquée à son lancement à cause de dysfonctionnements mais cela semble terminé. Perso, je n'ai rencontré aucun problème – ça m'a pris 1 minute. Je l'ai fait avec mes parents et, là aussi, ça a bien marché. Vous devrez simplement vous munir de votre carte électorale et de votre pièce d'identité pour reporter vos informations sur le formulaire.
 
Bises,
 
Charles
 
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