Sélectionner une page

Avez-vous aussi l'impression que toutes les prises de parole des politiques se ressemblent ?

 

 

Etant donné qu'il est important que les discours des différents membres d'un même gouvernement soient cohérents, on leur demande d'inclure dans leurs prises de parole des idées, des mots-clés et des petites phrases conçues par les cabinets du Président de la République ou du Premier Ministre : il s'agit des éléments de langage.

 

En politique ou en communication, l'expression "éléments de langage" (ou EDL) désigne un argumentaire sur un sujet donné, préparé à l'avance, et répété par les membres d'un groupe politique. Ils permettent de s'assurer de la cohérence des discours en invitant les différents intervenants dans les médias à utiliser des éléments d'analyse, des idées, à citer des mots-clés ou à placer des "petites phrases" pour illustrer leurs propos.

 

 

La stratégie de communication du gouvernement suite à la catastrophe de Lubrizol à Rouen en est un exemple aussi récent que parlant. Tour à tour, Christophe Castaner (Ministre de l'Intérieur), Agnès Buzin (Ministre de la Santé), Elizabeth Borne (Ministre des Transports et de la Transition Écologique) et Didier Guillaume (Ministre de l'Agriculture) se sont rendus sur place et ont couru les plateaux télé pour transmettre leurs éléments de langage dont le propos principal était : « ne craignez rien, tout est sous contrôle ».

 

 

Si on comprend aisément la nécessité de cet exercice (besoin de cohérence, répétition des interventions qui améliore l'efficacité du message, réduction des risques de se faire piéger par un journaliste), cette stratégie érode néanmoins le capital confiance et sympathie des politiques français qui est déjà extrêmement faible.

 

 

Perte de crédibilité, discours infantilisant, manque de spontanéité, opacité : ce sont les critiques qui ont été le plus souvent adressées au gouvernement et à la préfecture de Seine-Maritime dans leur gestion de la crise de Lubrizol. Or, ce cas particulier est loin d'être une exception. On peut même le généraliser au reste de la communication politique d'aujourd'hui.

 

Tant sur le fond que sur la forme, nos représentants restent collés le plus possible aux éléments de langage qu'on leur a fournis. Ils tendent à parler comme s'ils lisaient un prompteur, de peur de commettre un "dérapage" ou de prononcer un mot mal choisi (la fameuse phrase sortie de son contexte) qui ferait un "bad buzz" sur les réseaux sociaux et qui serait ensuite repris en boucle sur les chaînes d'info.

 

 

Si les hommages des Français à Jaques Chirac étaient si chaleureux, c'était peut-être justement parce qu'il n'utilisait pas d'éléments de langage à proprement parler. Il laissait transparaître une vérité que l'on ne voit presque plus chez nos politiques d'aujourd'hui qui semblent tous être froidement téléguidés.

ABONNEZ-VOUS

Recevez mes billets par email : idéal pour se cultiver tout en se changeant les idées.