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Quand je me suis inscrit à cette formation à la fin du mois de mars, je n'aurais jamais imaginé que je vivrais une expérience aussi riche que celle que j'ai vécue.

C'est le genre d'aventure humaine qui vous donne la pêche, qui vous fait aimer les gens et qui vous fait sentir vivant. Oui, tout ça.

 

 

J'ai choisi de suivre une formation dans la mécanique vélo pour les mêmes raisons qui poussent un cadre à devenir boulanger ou professeur des écoles :
    • Je commençais à entrer dans une routine chez Wellbeing Society ;
    • J'en avais assez d'être tout le temps assis derrière un ordinateur, j'ai eu envie de faire quelque chose qui requiert que je sois en mouvement ;
    • J'ai aussi ressenti le besoin de : 
      • Manipuler des objets et faire quelque chose de mes mains ;
      • Voir le résultat concret des mes actions ;
      • Être en interaction directe avec des clients qui ont un besoin auquel je peux répondre simplement.

 

 

 

Il fallait aussi que cette nouvelle activité satisfasse aux critères suivants :
    • Être alignée avec certaines valeurs importantes pour moi (écologie, développement durable, éthique, utilité sociale et/ou environnementale) ;
    • Appartenir à un secteur économique porteur ;
    • Être résiliente vis-à-vis des enjeux futurs, c'est-à-dire ne pas être menacée par certains phénomènes "disruptifs" comme la robotisation, etc.

Avec tout ce "cahier des charges" en tête, j'ai constitué une grille d'analyse pour y voir plus clair. J'y ai réfléchi un moment et tout a convergé vers… le vélo.

 

 

Début avril, je me rends alors à l'INCM (Institut National du Cycle et du Motocycle) qui se trouve au Bourget pour suivre une formation intensive de 3 mois qui devra déboucher sur l'obtention du CQP Mécanicien Cycle : le CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) est aux mécaniciens vélo ce que le CAP est aux boulangers.

 

 

Premier étonnement : j'avais oublié ce que ça faisait d'apprendre quelque chose de complètement nouveau et ça fait un bien fou. Ca donne un sacré coup de jeune, et ce, d'autant plus lorsque l'on se retrouve dans une salle de classe avec un mobilier typiquement scolaire. Ca m'a fait voyager 20 ans en arrière. La différence avec l'école telle qu'on l'a connue c'est que, cette fois-ci, on savait tous pourquoi on était là et que l'on avait tous (vraiment) envie d'être là. Bref, le plaisir de découvrir et d'apprendre.

 

 

Deuxième étonnement : le côté humain a été la grande surprise de cette formation et, on se l'est tous dit à la fin, on ne s'attendait pas à ce que ce soit aussi fort. Ce qui est intéressant dans les dynamiques de groupe c'est que, sans que l'on comprenne bien pourquoi, la mayonnaise prend ou ne prend pas. Dans notre cas, elle a clairement pris : aux joies de l'apprentissage se sont naturellement mêlées celles de la camaraderie. En classe comme en atelier, il n'y avait pas une heure sans que ça blague, ça plaisante, ça rie. Passer un bon moment, c'est bien mais on a également su joindre l'utile à l'agréable : portés par la poursuite d'un objectif commun (apprendre les rudiments de la mécanique vélo en 3 mois), le groupe a développé un esprit d'entraide très fort qui nous a permis de surmonter le stress, le doute et la fatigue. Vous avez l'impression d'entendre le témoignage d'un participant de Koh Lanta ? Oui, il y avait un peu de ça 🙂

 

 

Je rajouterais aussi que cette expérience m'a permis de faire connaissance avec des personnes que je n'aurais pas côtoyées autrement.
 
Parmi les 14 mecs qui étaient avec moi (même s'il y avait quelques filles dans d'autres promotions, il faut reconnaître que le monde du vélo reste très masculin), on trouvait tout type de profils : un ancien enseignant, logisticien, photographe, skipper, monteur TV, monteur son, agent immobilier, saisonnier, chromiste, juriste, etc. Quelques-uns étaient en "réinsertion", aussi. La tranche d'âge courait de ~20 ans à ~55 ans. C'était aussi pour moi l'occasion d'écouter et de comprendre des histoires touchantes : un combat gagné contre l'alcool, un destin de cycliste professionnel brisé, etc. Bref, un beau brassage socio-culturel qui fait la France d'aujourd'hui. Or, autant on a l'occasion de croiser cette diversité dans la rue, autant on a rarement l'occasion de la côtoyer pendant 3 mois.

 

 

Alors, quelle suite après cette formation ? Demain, lundi 22 juillet, je commencerai à travailler en tant que mécanicien vélo dans un Décathlon de Paris. J'ignore complètement si cette nouvelle expérience est le début d'une nouvelle carrière pour moi. Est-ce que je ne vais pas m'ennuyer ? Est-ce que les travers du travail manuel sont préférables à ceux du travail de bureau ? Je ne le sais pas encore, c'est en testant que je le saurai. Comme me l'a dit un camarade de formation : "je ne suis pas sûr de là où je vais mais j'y vais". Quant à Wellbeing Society, je continuerai de faire vivre le projet et de donner ponctuellement des prestations mais dans une proportion moindre.
 

 

 

Si ces histoires de "transition professionnelle" vous intéressent, je vous recommande un livre qu'une amie m'avait recommandé et que j'ai trouvé à la fois très juste et pertinent : Éloge du carburateur, le récit personnel d'un cadre américain qui s'est mis à la mécanique moto. Un bel essai sur le sens et la valeur du travail.

 

 

En voilà le quatrième de couverture qui mérite d'être lu :
 
« La génération actuelle de révolutionnaires du management considère l'éthos artisanal comme un obstacle à éliminer. On lui préfère de loin l'exemple du consultant en gestion, vibrionnant d'une tâche à l'autre et fier de ne posséder aucune expertise spécifique. Tout comme le consommateur idéal, le consultant en gestion projette une image de liberté triomphante au regard de laquelle les métiers manuels passent volontiers pour misérables et étriqués. Imaginez à côté le plombier accroupi sous l'évier, la raie des fesses à l'air." Matthew B. Crawford était un brillant universitaire, bien payé pour travailler dans un think-tank à Washington. Au bout de quelques mois, déprimé, il démissionne pour ouvrir… un atelier de réparation de motos. À partir du récit de son étonnante reconversion professionnelle, il livre dans cet ouvrage intelligent et drôle l'une des réflexions les plus fines qu'il nous ait été donné de lire sur le sens et la valeur du travail dans les sociétés occidentales. Mêlant anecdotes, récit et réflexions philosophiques et sociologiques, il montre que ce "travail intellectuel", dont on nous rebat les oreilles depuis que nous sommes entrés dans l'"économie du savoir", se révèle pauvre et déresponsabilisant. De manière très fine, à l'inverse, il restitue l'expérience de ceux qui, comme lui, s'emploient à fabriquer ou réparer des objets – ce qu'on ne fait plus guère dans un monde où on l'on ne sait plus rien faire d'autre qu'acheter, jeter et remplacer. II montre que le travail manuel peut même se révéler beaucoup plus captivant d'un point de vue intellectuel que tous les nouveaux emplois de l' "économie du savoir". Retour aux fondamentaux, donc. La caisse du moteur est fêlée, on voit le carburateur. Il est temps de tout démonter et de mettre les mains dans le cambouis. »

 

 

Bon dimanche,
 
Charles
 
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