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J'ai connu Yannick il y a plusieurs années. Ami d'un de mes colocataires, il était venu plusieurs fois chez nous. Au détour d'une conversation, j'ai appris qu'il avait quitté Paris pour partir en Grèce et vivre une vie très différente de la nôtre. Comment est-ce que l'on quitte tout pour vivre avec presque rien ? Qu'est-ce que ça fait ? Comment voit-on le monde "normal" après ça ? Je lui ai posé quelques questions.

 

 

1. Bonjour Yannick, quand je t'ai connu il y a 5 ans, tu habitais encore à Paris. Tu vis maintenant dans une partie reculée de la Grèce. Est-ce que tu peux nous expliquer les raisons de ton départ ?

Je traversais une sale phase : mon boulot me saoulait, mon hobby était devenu un boulot, ma copine m'avait quitté, et puis il y a eu cette attaque terroriste qui a emporté une amie. Alors j'ai eu comme un besoin de changer de vie. Tout comme dans l'allégorie de la caverne : je me suis d'abord doucement (mais sûrement) détourné de la contemplation béate de mon ombre pour me diriger vers la lumière extérieure, aux premiers abords aveuglante. Le passage transitoire d'adaptation à une vie "alternative" effectué, la véritable raison de mon départ s'est alors révélée évidente : malgré son engourdissement civilisé, mon instinct de survie a tout simplement su répondre présent à l'appel (au rappel) salvateur de la nature !

 

2. A quoi ressemble ta vie aujourd'hui ?

Je suis en ce moment tout nu dans un buisson au bord de la mer. Je plante des plantes, je joue de la guitare, je jongle, je médite… Je vis simplement et, par conséquent, je suis heureux.

 

 

3. Et tu arrives à "gagner ta vie" ?

Je vis (presque) sans argent. Je n'ai pas de loyer à payer. Je me déplace principalement à pied et auto-stop. Je me nourris principalement de plantes sauvages. Si j'ai un besoin à assouvir, je vais d'abord avoir le réflexe de penser aux solutions alternatives, et il y en a (presque) toujours une. De cette manière je me suis débarrassé de cet esclavagisme moderne, et je ne participe plus à la destruction massive de notre planète. En bref, je "travaille" pour mère nature, et elle me "paie" très bien !

 

 

4. Quand tu regardes en arrière, à quoi te fait penser ta vie d'avant ?

Ma nouvelle vie m'empêche de regarder ma vie d'avant avec de mauvais sentiments. Je ne tiens qu'à me souvenir des bons moments et de mes amis. Quand je vois des photos du passé, je deviens un peu nostalgique et j'ai aussi parfois un peu honte de m'être laissé berné par la civilisation aussi longtemps. Je pense qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire, pour vraiment être là où je suis au moment où j'y suis. Ni dans le passé, ni dans le futur.

 

Merci Yannick, je trouve ça super que tu aies accepté de partager ton histoire.

 

L'histoire de Yannick résonne beaucoup avec un reportage d'ARTE sur les "néo-hippies" diffusé il y a quelques semaines.

 

 

Il y est question de jeunes Européens désabusés par le monde moderne et la société de consommation partis sur une île espagnole pour se reconnecter à la nature et réinventer un mode de vie qui leur convient. Un phénomène sociétal intéressant et symptomatique de notre époque. Pour voir le reportage, cliquez ici

 

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